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CHRISTOPHE (1) « BEVILACQUA »

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CHRISTOPHE (1) « BEVILACQUA »

Message  david le Mer 3 Fév - 21:13

CHRISTOPHE (1) « BEVILACQUA »  
mars 31, 2011/9 Commentaires/dans ENTRETIENS /par Sylvain Fesson


8 décembre 2010. 21h. Je compte les E.T en buvant un champagne tellement classe que j’en ignorais jusque-là l’existence – du Ruinart. Il y a aussi un jukebox, des synthés et bibelots divers. J’allume une clope. Je suis chez Christophe Bevilacqua, près de Montparnasse, Paris. Rencontrer le chanteur d’ « Aline » (aka Daniel Bevilacqua) fut une partie de plaisir. Un petit mail quelques semaines plus tôt à son attaché de presse et le lendemain sa manageuse m’appelait pour prendre note de ma demande et me dire que oui, ce serait possible d’interviewer Christophe. Ça se ferait en soirée, j’aurai 4 heures, shooting compris et il fallait même que je m’attende à ce que ça déborde tant Christophe aime prendre son temps. Le jour J, il confirmera « Moi ce que j’aime bien c’est quand on dine. Comme ça on passe 2-3 heures ensemble. C’est mieux. »
J’avais déjà lu des interviews de lui et à chaque fois tous les journalistes (print comme 2.0) relataient sa gentillesse et son attachement à proposer un véritable espace de discussion et d’échange. Ça ne m’a donc pas étonné, mais quand même, c’est tellement rare. Dernièrement, le producteur Jean-Louis Piérot ne me disait pas autre chose. « Après avoir fini Fantaisie militaire, il avait été question que je travaille avec lui. Je l’ai donc rencontré une nuit mais pas pour bosser, pour discuter, et j’ai trouvé le mec positivement givré, incroyable. » Près de deux heures durant, je penserai de même. On sera là comme deux chercheurs, lui tâtonnant à travers mes questions, moi tâtonnant à travers ses réponses. Tâtonnant tous deux à travers les mots avec tout le long de longs silences palpables, impossible à retranscrire.

 
En attendant j’observe les lieux, pleurant pour le photographe qui n’a finalement pas pu venir (mince, 22 E.T. quand même, il se serait régalé) et je fais connaissance avec manageuse. Intéressante sa manageuse. Marie-Pierre Chevalier : une brune mousseuse, jeune et punchy. Au téléphone, avec son nom à l’ancienne, son vouvoiement et les 66 ans de Christophe, je l’avais spontanément imaginé de la génération Rock&Folk, genre la cinquantaine charmante, depuis des plombes dans le métier. D’où le savoir-faire d’un naturel désarmant. Elle n’a que 29 ans. Comme je lui demande, elle m’explique comment elle est devenue sa manageuse et même co-parolière (sur 3 titres de son dernier album) alors qu’il y a peu elle était encore en fac de droit et qu’à part « Les mots bleus », en gros, elle savait rien de lui. Je lui explique que moi aussi. Je l’ai vraiment découvert sur le tard, il y a 6 ans, avec Bevilacqua (96), l’album électro-synthé où il largue les amarres. Album suivi par Comm’ si la terre penchait (2001) et Aimer ce que nous sommes (2008) que Motors réédite ce 28 mars (je l’ignore le jour de l’entretien). C’est ce Christophe qui m’intéresse. Celui qui, d’ « Aline » en Alien, fascine et façonne de grands musiciens pop comme Air, Bertrand Burgalat, Sébastien Tellier. Le Christophe qui est, depuis le départ de Bashung, notre dernier architecte de la chose. Aristocr(e)ate et tout. Des bottes dans l’escalier : le v’là.
Les présentations faites, il évoque son prochain concert avec Marie-Pierre. Il veut y aller en caisse. « Chris, la Meurte et Moselle est classé vigilance accrue. » « Non mais attends, moi je suis un voyageur. » « Tu comprends pas : même les trains circulent pas, alors la voiture t’oublie. » Elle s’éclipse, me laissant seul avec des clopes, du champ’ et le 23e E.T. des lieux, qui porte Ray-ban, moustache et cheveux en arrière. Assis à table en face de moi, il fixe son iPhone en marmonnant, hébété « Nick Cave in speed, camera crash »



« le don c’est de savoir comment recoller les bouts »






Bonjour Christophe. C’est quoi cette histoire de « Nick Cave camera crash » ?
Nick Cave vient de perdre son permis. Aujourd’hui. Regardez (il me tend son iPhone, nda).
Ça c’est la photo de la voiture de Nick Cave ?
Oui, je viens de voir ça « Nick Cave in speed : camera crash ». Ah ouais ok, il s’est fait un crash.
Vous avez trouvé ça sur un site ?
Oui, et si je clique là je peux en savoir plus. Y’a plein de trucs sur internet, ça vaut parfois le coup.
Vous y aller souvent ?
J’y vais quand je veux lire une histoire sur Brando (Marlon, nda) ou que je cherche des infos sur de la péloche…
Et l’iPhone…
L’iPhone c’est un truc de fou. Y’a des mecs ils vivent pas sans l’iPhone.
Ça fait longtemps que vous en avez un ?
Ah oui pourquoi j’avais acheté l’iPhone ? Ah oui j’avais essayé un comment, un Blackberry là. Trop prise de tête.
Vous préférez Apple, plus ergonomique, stylé, intuitif ?
Oui, même si je les déteste.
Pourquoi ?
Oh parce qu’ils ont la grosse tête. Mais en même temps y’a des choses comment, intéressantes à voir. Mettons quand vous allez dans leur magasin au carrousel du Louvre là. Vous y êtes déjà allé ?
Non.
Y’a des gens qui sont là, ils s’assoient, ils dorment là, ils observent quoi.
Comme dans un temple…
Ils sont chez Apple quoi et en fait ils sont fans de comment, je sais pas quoi.
Vous m’offrez du Ruinart là, vous buvez quoi vous ?
Du thé.
Vous venez de vous levez ?
Oui, aujourd’hui je suis en décalage (il s’est levé y’a un heure, nda).
Tout le temps, non ?
Oui, mais aujourd’hui, c’est pire que d’habitude car j’ai travaillé tard et j’arrivais plus à me réveiller.
Ça fait longtemps que vous vivez de nuit ?
Depuis le début.
De votre carrière ?
Ah non, le début de ma vie hein.
C’est pas lié à la musique ?
Pas du tout. C’est juste lié comment, à un choix… d’aimer la nuit peut-être. D’aimer les gens de la nuit. Ils ont plus de folie. Moi malheureusement je me fais toujours une piètre idée des gens du jour, qu’ont la téloche quoi.
Vous les voyez comme des gens qui portent des œillères ?
Bah c’est pas ça mais la téloche c’est quand même un truc qui arrange personne. Moi j’en ai pas mais j’ai le câble, comme ça j’ai toutes les chaînes de cinéma et quelques autres chaines intéressantes, genre celles sur les animaux, parce que j’aime bien.
Les documentaires animaliers ?
Oui, les bons documentaires. Mais dès fois, juste pour voir, je vais sur la une et je me dis qu’avec ça c’est normal que les gens du jour soient différents des gens de la nuit… En même temps ils sont peut être heureux comme ça. Mais comment, la télé ça devrait être autorisé que le week-end.
Ce décalage horaire est propice à la création ?
Non, parce que des fois je me réveille à 10h du matin avec des idées que j’ai déjà écrites ou mises en boite.
Vous les enregistrez parfois sur votre iPhone ?
Oui, oui, je travaille beaucoup avec l’iPhone. Je travaille aussi beaucoup avec ma caméra.
Sur votre caméra ?
Oui, car le son y est très très bon.
C’est une quoi ?
Une Sony HDV que je viens d’acheter. Le son de l’iPhone est bon, mais le HDV c’est plus profond, plus cinéma.

Parlons donc de votre rapport aux machines. Dans les années 70 la découverte des synthétiseurs et des ordinateurs vous a fait prendre un virage musical. Un virage tel qu’il vous a ouvert un public plus jeune qui ne connaissait de vous qu’« Aline » et « Les mots bleus ».
En fait c’est comme si j’avais pas de public héhé.
Pas de cœur de cible.
Voilà. C’est aussi parce que dans les années 70 j’étais vachement marginal. Je racontais moins ma vie. Et puis à l’époque, en journal branché technique, y’avait Keyboard mais c’était pas un truc très important. T’avais plus des magazines branchés musique où les mecs faisaient des trucs formatés showbiz. Tout ça a commencé à changé en 76 quand Jarre (Jean-Michel, nda) est arrivé. Moi ça faisait 6 ans que j’avais acheté mon premier synthé.
Vous vouliez changer votre musique et votre manière d’en faire ?
Non pas du tout, c’est une question de hasard. J’ai toujours su ce qui m’intéressait pour faire de la musique et dans ces magazines des passeurs parlaient du synthétiseur. Ils disaient « Tel truc va sortir qui fait ceci cela ». ça résonné chez moi et j’ai suivi ça comme un collectionneur de machines. A l’époque je me souviens qu’il y avait aussi Music Land, un magasin où on parlait entre mecs. Moi je me faisais pas influencer, mais j’écoutais. Là récemment je me suis fait influencer sur une machine que j’aie là, un vieux Korg. Je l’ai pas payé cher car je l’ai trouvé sur eBay, mais ça m’embarrasse. Comme quoi je devrais choisir mes machines sans écouter personne.
Quand commencez-vous à vous équiper en ordinateurs ?
L’ordinateur c’est venu plus tard. Pour Les paradis perdus j’avais pas d’ordi, que des synthés. Les mots bleus pareil. Pour moi l’ordi arrive au début des années 80, avec les premiers Mac.
Votre premier ordinateur était un Mac ?
Oui, un petit Mac en noir et blanc, qui m’a d’ailleurs tué les yeux. Je sais plus quel logiciel c’était mais c’était très intéressant. Je voulais faire de la programmation de séquences en temps réel et très peu d’ordinateurs et de synthés permettaient de faire ça. Mais aujourd’hui je travaille pas trop sur des plug-in, plutôt sur des machines tactiles.
Vous tenez à ce que la musique soit générée par des touches qui correspondent à des notes ?
Oui, pour moi c’est important car je suis un autodidacte qui a toujours été amoureux des instruments. Par exemple j’ai plein de guitares dont je me sers à mon niveau, sans chercher à m’améliorer. Pour les machines c’est pareil. J’aime quand elles sont naturellement excitantes, comme le Mini Moog Arp Prophet, le Fairlight, les samplers. Tout ça c’est des machines qui résonnent bien chez moi. C’est comme cette machine là, la machine que tous les suédois et les allemands utilisent. Il y en très peu d’exemplaires. J’ai eu la chance d’en attraper une. C’était pas évident.
 
A l’époque si vous sortez peu de disques c’est que vous prenez le temps d’apprivoiser tout ça ?
Non, je me pose pas la question : je m’amuse. Et puis je suis dans plein d’autres passions.
Lesquelles ?
J’ai ma salle de cinéma, d’autres envies de vie… Et je veux effectivement découvrir les nouvelles technologies pour donner une nouvelle couleur à ma musique. D’un coup, en remplaçant la bande analogique par des programmes numériques, l’ordinateur permet de multiplier quasiment sans fin le nombre de pistes alors j’explore tout ça dans l’espoir de pouvoir un jour me passer de cette grosse machine qu’est le magnéto 24 pistes, qui prend une place pas possible.
Partant de là avez-vous pu assez vite travailler tout seul chez vous ?
J’ai longtemps bossé sur des bandes mais très tôt je préparais déjà mes maquettes chez moi sur un Revox. Il pouvait quasiment rien stocker mais ce qu’était bien c’est qu’il me permettait de faire des pistes que j’aurais pas pu faire au piano. Ce côté prospectif c’est parfait pour moi qui suis autodidacte et pas un génie de la technique. C’est ça ma différence, ma faille et mon atout.
Ces machines laissent-t-elles de la place aux accidents qui enrichissent la musique ?
Bien sûr. Après c’est le cerveau qui absorbe tout ça, le mental qui prend le relais et qui fait des découpages et des collages. C’est lui le maitre des belles et des mauvaises failles. Je travaille donc pas mal autour de mes archives. Je suis un archiviste. J’ai plein de notes et de gimmicks en stock. Certaines choses que j’ai déjà trouvées et qui n’étaient pas au bon endroit au bon moment à l’époque finissent parfois par trouver leur place. Dans Aimer ce que nous sommes j’ai des gimmicks qui datent d’il y a 30 ans.
Là la dématérialisation de la musique ouvre des perspectives pharaoniques…
Oui et tout ce qui est collectionnable se démode pas parce qu’on s’entoure de ce qu’on aime. Et c’est pareil pour la musique : les gimmicks qu’on stocke on les voit pas mais c’est comme les photos qu’on garde.
Le MP3 vous n’êtes donc pas contre ?
Si, ça me gave  J’écoute beaucoup de son, de mix et c’est très réduit. Y’a pas tout le spectre et à moins de ressortir du vinyle c’est pas demain que ça va s’arranger.
Vous tenez au CD, au format album ?
Surtout au vinyle. Là je ressors Bevilacqua, un album de 96.

Ah oui ? Pourquoi ça ?
Parce que ce disque n’a pas eu la vie qu’il mérite. A l’époque j’ai eu des problèmes de communication avec la direction d’Epic. Du coup on s’est engueulé et on a rompu le contrat. Mais moi j’ai toujours cru à cet album et que je voulais pas qu’il reste dans les tiroirs d’Epic j’ai demandé à Francis Dreyfus (directeur du label Motors, nda) de racheter les bandes. C’était vachement dur, il ramait, je lui demandais tout le temps « Alors tu l’as racheté, tu l’as racheté ? ». Je l’ai poussé.
C’est donc pour ça que les médias considèrent Comm’ si la terre penchait comme le disque de votre retour alors que 5 ans plutôt vous étiez déjà de retour avec Bevilacqua
Oui, c’est à cause du crash avec Epic. Ça a freiné le succès du disque. Mais il s’en est quand même vendu 50 000 exemplaires en un mois.
De Bevilacqua ?!
Bien sûr.
C’est beaucoup vu la facture de ce disque, très moderne, électro, en rupture de ban avec la structure pop couplet/refrain. Cette direction-là c’était voulu dès le départ ?
Non, non je me disais pas ça, c’est plus lié à mon équipement, au fait que j’avais 30 synthés et que je l’ai presque fait exclusivement chez moi. C’est aussi pour ça qu’il m’est cher. Et aussi parce que c’est la première fois que je faisais moi-même paroles et musiques.
Alors que vous aviez l’habitude de travailler avec des auteurs…
Oui, mais là je sais pas pourquoi : tout venait. J’étais dans des excès d’idées. J’ai fait beaucoup de choses à cette époque…
Ça faisait presque 10 ans que vous n’aviez rien sorti. Pensez-vous que ça ait joué ?
Non, ce qui comptait pour moi c’était de réaliser un truc comme si ça avait été que pour moi. Tout ça c’est lié à des moments de vie, de magie… Je me souviens d’avoir fait très vite « J’t’aime à l’envers »… Y’avait encore mon guitariste Patrice Tison, qu’était un Dieu. C’est important pour moi d’être entouré de mecs avec qui je partage de vrais moments de vie. Parce qu’avec moi on se contente pas d’enregistrer en studios, on collabore, on cherche ensemble. J’ai fini le disque en équipe aux studios Ferber. Veronica Ferraro et Boodjie (duo productrice, ingé-son, nda) ont été mes complices. Alan Vega (ex- moitié du duo New-Yorkais culte Suicide) est même passé un soir… Voilà, on l’a réalisé à trois. Et moi j’ai vraiment découvert mon album quand j’ai fait faire l’écoute à Ferber. Y’avait 50 personnes et quand j’ai vu la réaction des j’étais fier. J’étais fier car dans ce métier y’a quand même souvent des gens bouchés qui comment dire, ne se rendent pas compte du niveau de l’album Bevilacqua.
Vous allez le ressortir tel qu’il était à l’époque ?
Oui. Francis voulait le retoucher. C’est un album plein de défauts, notamment au niveau du chant car j’ai fait que deux prises par morceau, mais pour moi ces défauts sont des plus. Donc j’ai dit « Non, moi je sors l’album original, avec sa couleur de l’époque. » On va juste le remasteriser, mais à part ça on va rien toucher.
En comparaison on disait que 5 ans plus tard Comm’ si la terre penchait avait plus fait parler de lui. Comment avez-vous vécu ça ?
Je me rendais pas tellement compte. J’étais content de ce disque, je l’avais signé avec Nicolas Gautier (directeur artistique chez AZ/Universal, nda), que j’aime bien, mais Comm’ si la terre penchait ne pas parti de mes albums préférés. Moi mes albums préférés c’est Bevilacqua, Le Beau bizarre et Aimer ce que nous sommes.
Pourquoi Comm’ si la terre penchait ne figure-t-il pas parmi vos albums favoris ?
Pour moi cet album a un problème de cordon. Et pourtant dans cet album on enchaîne les morceaux. Mais je crois que j’ai voulu ça pour lui donner une cohérence alors qu’il n’en avait pas vraiment. Et puis le succès de Comm’ si la terre penchait est relatif. Il n’a même pas fait disque d’or alors que pour le dernier, Aimer ce que nous sommes, on a fait double disque d’or. J’en étais fier car c’est un des albums que j’aime beaucoup. Il a une vraie cohérence même si y’a des ratages. Et puis y’a Le beau bizarre. Celui-là, je l’adore. C’est des bons moments de studio et un travail bien abouti.
 

Un travail bien abouti en même temps qu’un ravalement de façade. Le disque est sale, âpre, noir. Libération l’intègre dans son top 100 meilleurs albums du rock’n’roll. Bref, en 1978, avant Bashung et Taxi Girl, avec Le beau bizarre, rompent avec le post yéyé d’ « Aline » et des « Mots bleus », vous inaugurez les débuts d’un vrai rock français….
Ah oui.
 
 
Cinq ans avant sur Les Paradis perdus vous vous autorisiez tout de même déjà quelques saillies psychédéliques qui brouillaient les pistes. Je pense à la seconde partie instrumentale du morceau titre, « Les paradis perdus », et notamment au morceau d’ouverture, « Avec l’expression de mes sentiments distingués », instrumental en forme de maelström où tournoient, passés au hachoir, des bribes hallucinées de vos tubes « Aline » et « Les marionnettes ». Et là c’est bizarre car vous semblez autant chercher à vous défaire de ces chansons qu’à en rappeler le terrible pouvoir d’attraction.
Ah oui, c’est vrai, c’est vrai. C’est pour ça que je dis toujours que ces chansons-là sont mes chansons du présent. La plupart des gens, quand ils font un truc, c’est classé, machin…
Mais vous vous évoluez dans un éternel présent ?
Exactement ! C’est pour ça que sur scène musicalement on se régale. Avant dans la deuxième partie de mon show je faisais beaucoup plus de hits mais là j’en ai viré pour faire « Shake it baby », « Parfum d’histoire », des trucs plus durs.
L’envie de larguer les amarres…
Juste d’envie d’être soi-même. Et « Shake it baby » y’en a pas beaucoup qui la connaissent mais quand on la fait y’a un tel climat que je sens les gens rentrer dedans…
Le 29 novembre dernier vous l’avez d’ailleurs jouée à la soirée de remise des prix SACEM…
Ouais mais à la SACEM on avait un système de son de merde parce que le mec m’avait jamais sonorisé, tout ce que je déteste. Ça n’avait donc pas beaucoup d’intérêt.
Vous avez aussi joué « Les Paradis perdus », une chansons qui semble toujours aussi intemporelle, comme suspendue dans le temps. « Dandy, un peu maudit, un peu vieilli » chantez-vous et ça y est, en quelques rimes et quelques accords de piano, le charme opère…
Oui, quand je la joue il se passe un truc. Avec ce texte, le film est là. Je la chante tout le temps…
Vous ne vous en lassez pas…
Non, j’ai viré « Daisy », « J’l’ai pas touchée », des trucs comme ça. Virer des hits c’est important pour moi, ça a été un tournant. Ça s’est pas fait au début. C’est venu après plusieurs concerts, après des années. Mais je joue toujours « Les paradis perdus », « Les marionnettes », « Senorita », « Aline » et « Les mots bleus ».
J’ai remarqué qu’il n’y a pas que dans le morceau d’ouverture des Paradis perdus que vous malaxez votre propre répertoire. Vous le faites aussi dans « Wo wo wo », le morceau d’ouverture d’Aimer ce que nous sommes mais de manière plus étrange encore. Le morceau est chanté par Isabelle Adjani. A un moment, elle dit du bout des lèvres « Je lui dirai » et là il se passe bel et bien quelque chose d’étrange, comme une connexion à travers les âges, car on a l’impression qu’elle va chanter « Les mots bleus », « je lui dirai les mots bleus », mais elle n’en esquisse que la possibilité, nous remettant au cœur d’une histoire qu’on croyait révolue…
Exactement. A la base c’est Alain Bashung qui devait chanter ce morceau. Je l’avais écrit pour lui. Les « je lui dirai » c’est ceux de sa version des « Mots bleus ». Mais comme au même moment il avait fait un duo avec Daniel Darc je l’ai puni.
A cause de ce duo très dispensable avec Daniel Darc ?
Oui… Je regrette des fois. Mais Isabelle l’a tellement bien fait. Elle le joue, c’est bien, c’est bien aussi. C’est bien Isabelle Adjani.
Vos albums sont souvent comme des films qui prennent de grandes voix dans leurs toiles. Il y a donc celle d’Adjani sur « Wo wo wo », mais aussi celle d’Isabella Rossellini sur « Voir », de Big Joe Williams sur « Nuage d’or », d’Enzo Ferrari sur « Enzo », d’Alan Vega sur « Rencontre à L’as Vega »…
De Daniel Fillipachi aussi (sur « Les voyageurs du train », nda), importante…
Oui et il y a cette mystérieuse et bouleversante voix de vieille sur « It must be a sign ». Parlez-moi de ce morceau.
C’est difficile d’en parler. La voix de femme qu’on y entend c’est celle de Denise Colomb (photographe française morte en 2004 à 102 ans, nda). Ça faisait longtemps que j’avais cet enregistrement de sa voix dans mes tiroirs. Depuis 1985, je crois bien. Et puis comment, j’ai fait ce piano un jour, comme ça, pour m’amuser et puis après le truc – et ça c’est le don qu’on a en tant que créateur, c’est ça, pas autre chose – c’est de savoir comment recoller les bouts. Le piano que j’avais fait était déjà très très barré. C’était le deuxième piano que je faisais pour ce disque et je voulais le faire rejouer par le pianiste qu’avait déjà joué sur « Parle-lui de moi », qu’était déjà un piano que j’avais pas joué car trop technique. C’est donc un musicien de classique qui l’avait joué (Pierre Bastaroli, nda). Je me souviens que ce mec était venu là et qu’il m’avait déclenché plein de trucs. Donc je le revois et je lui dis « Voilà, je t’ai fait venir parce que j’aimerais que tu me rejoues ce piano que j’ai fait l’autre jour ». Il écoute et il me dit « C’est toi qui l’a joué ? » J’ai dit « Oui. » Il m’a dit « Mais je vais pas rejouer ça ! » Venant de lui ça m’avait flatté. Donc y’a eu ça et puis en réécoutant le truc je me suis dit « Allez, faut que je fasse un vrai film, que ce soit complètement surréaliste, que j’y mette vraiment tout ce que j’aime. » J’ai donc mis Carmine Appice (batteur, nda), les chœurs des petits gitans, et pour le chant je me souviens que j’ai fait ça vite fait avec le micro d’un de mes ordis comme ça. J’aime bien faire ça parce que je préfère l’émotion à la perfection du son, ça donne une couleur particulière, quand on sent que c’est pas à chier hein. Et puis voilà, j’ai placé Denise Colomb dans ce trou-là. Pour moi ca fonctionnait. Et puis la fin est venue. C’est un morceau qui m’a demandé beaucoup de travail.
Il vous est cher ?
Oui, pour plein de raisons. Le texte en anglais m’avait été envoyé par une jeune femme rencontrée à Londres. A ce moment-là je travaillais là-bas. Chanter ces mots c’était donc un plaisir. C’était ses mots. Donc oui, j’adore « It must be a sign ». Et je suis pas le seul. Sur scène les gens le demandent. Mais on le joue pas sur scène. C’est le seul que je fais pas. On peut pas le faire.
C’est composé de trop de collages pour pouvoir être joué live ?
Ah bah oui, on peut pas.

Depuis la mort de Bashung, j’ai le sentiment que vous êtes le dernier acteur de la chanson française à créer comme il créait, par collages en étant à la fois le cinéaste et la muse.
Oui, oui, c’est ça, on est des déclencheurs. Mais par contre, comment dire, on gère ce qu’on déclenche. C’est-à-dire qu’on transpose ce qu’on déclenche et c’est là où ça peut effectivement donner des œuvres d’art comme « Osez Joséphine ».
En France c’est rare de fonctionner comme ça. D’ouvrir de vastes chantiers collectifs. Je veux dire : à la fin de sa carrière Bashung semblait se comporter comme un directeur artistique, un démiurge Kubrickien. Ce que vous faites aussi depuis pas mal d’années.
Oui, c’est être maître d’œuvre. Pour quelqu’un qui fait des disques je pense que c’est plus qu’important, c’est la base. Les mecs qui se contentent de faire des guitares-voix, pfff je vais pas dire de nom, y’en a plein, mais bon c’est fini ça. Si on veut du guitare-voix vaut mieux réécouter « Les crayons » de Bourvil, ça c’est original.
J’ai l’impression que le grand mal de la pop – ce qui fait qu’il y a de moins en moins de « vision » – c’est la circulation circulaire de la pop. Plus le temps passe plus elle est le fait de jeunes gens qui scotchent sur des décennies de merveilles pop sans voir qu’elles sont souvent l’œuvre de jeunes gens qui regardaient ailleurs, du côté du cinéma, de la littérature, de la peinture parce qu’à leur époque la pop n’était pas encore cette sorte de The Wall qui masque le paysage.
C’est ça. Et c’est sûr que chez moi le cinéma a vraiment été un grand déclencheur. Tous les dimanches je vais au cinéma dans une salle qui s’appelle l’Arlequin et c’est rare que j’en ressorte pas avec une idée notée quelque part.
J’ai aussi lu que vous écoutiez tous les jours « L’apiculteur » de Bahsung…
Oui, la version live (sur l’album Confessions publiques, nda). J’aime bien le guitariste qui joue dessus. Je sais plus comment il s’appelle mais ce qu’il envoie, c’est puissant. Moi tout ça, c’est des choses comme ça qui m’inspire et qui font que du cinéma, des gens et des voix finissent par se retrouver dans ma musique. Là en ce moment par exemple ça pourrait être du Basquiat parce que je me suis acheté un livre de 1985 : Basquiat signé par Basquiat. C’était pas le moment mais j’ai craqué.
C’était si cher que ça ?
Bah c’est pas une toile, juste un livre signé par Basquiat, mais c’est le 171e sur 1000 donc c’est quand même pas rien. Après c’est sûr que d’avoir une peinture de Basquiat ce serait un rêve… mais c’est bien de rêver. (LA SUITE.)

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Re: CHRISTOPHE (1) « BEVILACQUA »

Message  david le Mer 3 Fév - 21:15

CHRISTOPHE (2) « RADIOHEAD »
avril 6, 2011/9 Commentaires/dans ENTRETIENS /par Sylvain Fesson
8 décembre 2010. « Aller je vais pisser un coup… » Il y a des phrases comme ça qu’on s’étonne d’entendre. Elles sonnent trop surréalistes. Pas raccord avec la vie. Comme si justement d’un coup – wake up – on était dans le rêve. Que c’était ça aussi la vie. Je me rappelle avoir déjà ressenti ça il y a un an ou deux quand j’avais décroché mon téléphone pour m’entendre dire : « Hello, Mister Wyatt ? ». Là il est 22h, je suis toujours avec Christophe, chez lui, à l’animer de paroles et l’écouter parler de ce qui l’anime. Et voilà, après une heure de discussion c’est l’entracte « … parce que c’est ça quand on boit du thé. »
Un type « normal » Christophe. L’Ovni tender. Enfin pas du tout le mec archi « chéper » que la télé donne à voir. On y flatte le « génie » pour mieux moquer le « fou ». Là, sous cape, dans les talks, c’est toujours : « Ouh, public, mate-moi ce type, il fonctionne pas comme nous, on comprend rien de ce qu’il dit, un vrai freak, circuits grillés, coké de l’esprit. » (Purée, ça me fait penser à tous ces gens qui n’aiment pas Lynch parce qu’ « on comprend rien à ses films ! ») C’est facile de neutraliser ainsi, chez l’autre, la rencontre du troisième type qu’on ne veut pas voir en soi. A la télé, mal entouré, la parole menottée, le mec ne pourra évidemment rien faire. (Dans les phares de l’engin la biche a toujours l’air d’un martien.) Il paraîtra nébuleux. Syndrome JCVD. C’est ça quand on passe à la télé.
Mais je l’ai vu Christophe et c’est juste « l’histoire d’un mec » qui a mis le rêve au cœur de sa vie et le cœur au rêve de sa vie. L’Ovni true quoi. Et pour ça il préfère vivre en décalage. Zapper les passages cloutés du jour pour s’ouvrir les tunnels of love de la nuit. Je l’ai vu en concert, le 30 janvier 2010, au Palace. Cameleon lover et voix d’épines velours, dans son monde de subduction carrossé, il illustrait à merveille ce qu’il dira en fin de show : « Pour emporter les autres il faut d’abord s’emporter soi ». Mais entre les morceaux, vers la fin du show justement, quand la magie a pris place et que l’artiste peut enfin redescendre, se faire homme et parler à ses semblables, il était drôle. Oui, avec sa tchatche de funambule, tout en humour lunaire d’un coup – stand up – on se marrait. Et Christophe c’est aussi ça. Le mec qui se coiffe d’un nez rouge et qui nous fait une rose en papier – abracadabra ! c’est une vraie. Tour à tour marionnettiste et marionnette. Car « les choses les plus belles, au fond, Restent toujours en suspension » (« Le Tourne-cœur »)
22h donc. 8 décembre 2010. Montparnasse. Ma sympathy for the Bevil’ porte ses fruits. On a déjà parlé de sa découverte des synthés dans les années 70, des ordinateurs dans les années 80 et de comment tout ça a naturellement fait mu(t)er son esthétique musicale comme en témoignent les albums Bevilacqua (96), Comm’ si la terre penchait (2001) et Aimer ce que nous sommes (2008). La suite s’annonce passionnante.

« En ce moment je vise plutôt un mec comme Thom Yorke »


Christophe, tout à l’heure on parlait de l’accident de voiture de Nick Cave et vous en profitiez pour rappeler, ce que vous faites souvent, que vous avez vous aussi perdu votre permis de conduire il y a quelques années. Pour vous ça semble une grosse rupture…
Ah oui, c’est une grosse rupture…
Ne plus pouvoir conduire renforce-t-il votre obsession du son ?
Non, au contraire, ne plus pouvoir conduire ça m’enlève des…
Des sources d’inspiration ?
Oui, c’est pas pareil.
Vous pensez que si vous pouviez encore conduire votre musique serait différente ?
Je sais pas, c’est ce que je ressens hein.
C’est physique ?
Bah oui c’est normal… Ah oui le manque est là hein. Le manque est là.
Mais vous ne voulez pas repasser le permis ?
Non.
Vous vous entêtez à ne pas vouloir le repasser ?
Oui.
Pourquoi ça ?
Parce que j’ai pas envie de retourner au système du permis à points. J’ai pas envie de ça quoi. Les points c’est pas mon truc.
Et vous ne faites jamais d’infractions en conduisant sans papiers, comme ça pour le plaisir ?
Non, ça n’a aucun intérêt. Ce qui compte c’est la liberté. Surtout que maintenant y’a des flics à tous les coins de rue.
Comment vous l’avez perdu votre permis ? Vous avez trop déconné au volant ?
Non, j’ai juste fait 3 excès de vitesse à une époque où j’étais en manque de points. Mais moi j’ai jamais été pris en état d’ivresse, jamais été arrêté avec un alcootest, j’ai toujours été clean. Parce que pour aller vite faut être clean. Mais comme d’habitude, c’est toujours les meilleurs qui se font avoir.
En écho à cette passion et à sa privation vos albums contiennent souvent des odes à l’automobile. Dans Aimer ce que nous sommes il y a « Stand 74 », dans Comm’ si la terre penchait « On achève bien les autos », dans Bevilacqua « Enzo »…
Oui, mais à l’époque d’ « Enzo » je conduisais encore. Je suis même allé chez Enzo (Ferrari, pilote qui créa la firme Ferrari Automibili et mort en 1998, nda) à Maranello (en Italie, nda). Malheureusement je l’ai pas rencontré parce que les gens autour de lui c’est des connards qui se prennent pour des stars. Enzo non, lui il est cool. Tout ça, ça le rend malheureux, c’est pour ça que moi j’ai personne comme ça autour de moi.
Vous ne voulez pas d’un tel entourage, surprotecteur, castrateur ?
Ah non, certainement pas. Et j’en ai jamais eu.
Vous pensez que c’est dangereux pour un artiste de s’isoler de la sorte ?
Je sais pas mais je veux pas vivre ça, je veux vivre autre chose, surtout à mon âge hein. Voilà. Moi j’ai mes secrets… Mais aujourd’hui de me raconter je me demande des fois qui ça intéresse. Qui ça peut intéresser que je dise que je kiffe d’écouter un 78 tours sur cette machine-là, que ça me fait décoller ? Les gens s’en foutent hein.
Je sais pas. Vous semblez avoir un rapport fétiche, quasi sacré à tout ça, la musique, les voitures, les femmes. D’ailleurs l’imaginaire de votre dernier album a des consonances religieuses, que ce soit par son titre, Aimer ce que nous sommes, ou sa pochette, style vitrail-puzzle. Où en êtes-vous avec tout ça ?
J’ai moins un rapport à la religion qu’un rapport avec les croix. Y’en a qui portent des têtes de mort, moi je porte des croix. Y’en a qui dessinent des têtes de mort, moi je dessine des croix. C’est comme ça. Je sais pas pourquoi. J’ai toujours aimé les croix, c’est fou hein ?
C’est la beauté de l’objet ?
Non… Quoique y’a des croix qui sont magnifiques, mais là je parle de la croix en général. Chez moi la croix c’est… J’ai toujours pas compris en fait. Ce que ça voulait dire. Un jour je comprendrai peut-être.
Vous avez reçu une éducation catholique ?
Bah ouais, par mes grand parents, ma grand mère italienne. J’ai fait ma communion bien sûr, tout ça, naturellement.
Une chose qui marque…
Oui mais je sais pas, je crois que déjà à l’époque j’y comprenais pas grand-chose. Mais y’avait un truc comment dire, mystique qui m’attirait assez. En même temps je me souviens que quand j’ai fait ma communion on a fait une espèce de truc où on devait être dans le silence. Mais comme on était mélangé aux filles moi je pensais qu’à en attraper une. Donc voilà, je suis pas non plus le reflet idéal de ce que l’église voudrait ! Mais je sais pas, c’est peut-être une erreur…
Une erreur ?
Je sais pas… Qu’est ce qu’on sait ? On sait rien. C’est vrai que la religion crée pas mal de problèmes dans le monde, tellement que c’en est fou, mais parfois je regarde des gens… en Inde par exemple, toute cette religion comme ça, cette spiritualité omniprésente, au quotidien, c’est attirant. Parce que la religion c’est pas autre chose : une spiritualité du quotidien, qui transparaît dans tes pensées, tes actes… Alors que moi j’y pense pas quoi. Pas du tout. (Silence.) Par contre quand j’étais enfant de chœur j’aimais bien faire l’enfant de chœur.
Il y avait une aspiration vers le haut qui vous séduisait ?
Peut-être oui, comme une espèce de truc que comment, j’observais…
Déjà l’idée de l’écran, du cinéma, du rêve…
Ouais, le cinéma de Pasolini, par exemple, tout ça c’est beau.
Et ça donne de beaux textes, comme celui de « Malcom » qui donne son titre à Aimer ce que nous sommes avec ce refrain-clé : « Et si le temps m’offrait / L’aumône de lui-même / Je l’utiliserais / Encore et bien fait / A aimer ce que tu es / A aimer ce que je suis / En somme… »
Oui mais ça c’est pas moi qui l’ai écrit. C’est un canadien (Daniel Bélanger, auteur-compositeur-interprète québécois né en 1962, nda) qui m’a envoyé ce texte une nuit et je lisais ça comment, comme une œuvre d’art.


On disait tout à l’heure en évoquant Bashung que vous ne fonctionnez pas comme un auteur-compositeur-interprète. La plupart du temps vous n’écrivez pas vous-mêmes vos paroles. Quel est donc votre rapport aux mots ?
J’écris beaucoup.
Au quotidien ?
Ah oui, beaucoup. Enfin je sais pas ce que c’est beaucoup mais je dois avoir une cinquantaine de pages où je parle de mes thèmes, des choses de qualité, qui moi me semblent belles à dire.
Indépendamment de toute musique ?
Ah oui. Mais des fois y’a des films qui se créent. C’est arrivé sur Comm’ si la terre penchait avec « On achève bien les autos ». Ça c’est un truc que j’avais écrit et que j’avais mis de côté. Et un jour je l’ai bougé sur cette musique, j’ai presque rien touché et ça collait. C’est quelque chose que je fais rarement, mais voilà, ça peut donner des choses bancales et intéressantes de remanier un texte sur une musique. Du coup dans mes albums je fais toujours quelques textes. Mais comme parfois il me manque trois mots ou que je suis pas satisfait d’un couplet que j’ai écrit je prends des aides. Parce que je préfère prendre quelqu’un et cosigner que de mettre un truc qu’est pas au niveau. A condition que je rencontre la bonne personne. C’est ça en fait : j’suis pas accroc…
A votre ego ?
Voilà. Je m’en fous. Je me connais.
Mais vous n’avez jamais vraiment eu de parolier fixe sur une période donnée. Pourquoi ça ?
Parce que justement quand je fais de la musique tout doit aller vers le haut, à tous les niveaux, mots compris. C’est pour ça que je prends mon temps et que j’aime le changement. Ah oui. Je change. Toujours. Pour être surpris et prendre l’inspiration où elle est.
Y compris chez les autres ?
Oui, parce que moi je vois comment les autres travaillent, j’en fréquente, mais je travaille pas du tout comme eux hein. Pas du tout. Moi je travaille par jets, éclaboussures, éclats. Alors j’attends la rencontre.
Parmi vos rencontres textuelles il y eu celle de Jean-Michel Jarre au début des années 70. Peu de gens le savent mais avant de se faire connaître avec sa synth-pop il a été parolier, notamment pour vous puisqu’il a signé les textes de deux de vos albums, Les Paradis perdus (1973) et Les Mots bleus (1974). Donc voilà, « Les Mots bleus » c’est du Jean-Michel Jarre.
Oui. A l’époque il était très proche de Francis Dreyfus (patron du label Motors, nda), qui l’a beaucoup aidé, et c’est Hélène Dreyfus qui me l’avait présenté. Je me souviens le jour de la rencontre on était square Moncet, ah non, on était dans une impasse dans le 17e, à côté d’un garage Porsche. On était bien là. Avec Jean-Michel on avait beaucoup d’éléments déclencheurs en commun. Ma collection de films lui a par exemple inspiré « Senorita ». Parce que c’est quelqu’un qui sait observer, il est pas con hein.
Vous restez proche ?
Non, on s’est juste retrouvé l’autre soir à la remise des prix SACEM. Ça faisait longtemps qu’on s’était pas vu. Il m’a dit : « Ce serait bien qu’on refasse des trucs ensemble ».
Il a envie de réécrire pour vous ?
Oui, j’avais l’impression.
Vous avez l’air sceptique ?
(Silence.) Oui, parce que pffff je suis dans autre chose…
Et Manset, vous vous verriez travailler avec Manset ? Depuis quelques années il semble disposé à « donner » des textes, des compos. J’ai par exemple entendu qu’il aurait aimé continuer à en donner à Bashung, comme il avait commencé à le faire sur Bleu pétrole (2009). Or lui m’a appris que vous vous êtiez déjà rencontrés…
Oui, on s’est croisé à l’époque où il travaillait chez Pathé Marconi (dans les années 70, nda). Là j’allais le voir dans son bureau de temps en temps, pour discuter, mais c’est tout.
Pas d’essais concrets ?
Non, on n’était pas fait pour bosser ensemble. Parce que lui il écrit ses musiques. Il fait tout tout seul. Donc voilà on pouvait pas… Mais par contre dernièrement j’ai rencontré Marie-Pierre Chevalier, ma manageuse…
Oui, elle m’a parlé de votre rencontre…
Elle est intéressante. Avec elle j’ai fait des choses. Donc voilà, en fait il faut observer. Et avoir ce truc qui fait qu’on ne laisse pas passer comment…
La magie ?
Ah oui. Parce qu’elle est rare.

Une autre chose rare, c’est votre chant, au croisement de quelque chose de féminin, incantatoire, rital et d’une sorte de gémissement, blessé, primal. Une voix qui se réduit parfois à de pures sonorités comme dans le « be bop a lula » d’anthologie que vous dégainez dans le finish psyché des « Paradis perdus »…
Ah oui. Bah ça les bluesmen l’ont beaucoup fait. C’est le côté blues hein. Effectivement par la plainte ou par l’onomatopée leur voix plante le décor.
Je me dis que vous pourriez presque faire un album sans mot. Vous y avez déjà pensé ?
J’ai pas mal de choses comme ça. Il y a pas longtemps j’ai déclenché des trucs sans mots avec ma voix en faisant du son avec un mec qui est dans la musique électronique.
Qui est-ce ?
Il s’appelle Stéphane mais j’arrive jamais à me souvenir de son nom, un parisien très très pointu dans cette musique-là. Et on a fait un truc avec un morceau de voix que je lui avais donné. Un truc de fou quoi. Je pense pas que ce sera sur mon prochain album, mais en tous cas mais pour l’instant j’ai des trucs qui sont quand même très très… Enfin cet album risque d’aller… Disons qu’en ce moment je suis dans une phase très dure où je me dépasse un peu. Je suis dans ce même état d’esprit que j’ai toujours à chaque fois que je fais des trucs intéressants. Un état d’esprit lié à l’envie de me dépasser, de chercher à sortir des éternels mêmes accords. D’un groupe à l’autre c’est toujours un peu les mêmes trucs, c’est épuisant. Aujourd’hui la musique esthétiquement exceptionnelle est rare.
En France ?
Oui moi je m’ennuie un peu de ce que j’entends.
J’ai tout de même lu que vous étiez étonné par Camille…
Ah oui, Camille oui…
Notamment son morceau « Pour que l’amour me quitte »…
Oui, oui, Camille, putain, elle a attaqué fort hein. Et puis bon, c’est pas fini, ca se sent que c’est pas fini, ça se voit… Et dans les mecs, un qu’est intéressant c’est quand même Biolay.
Ah oui ?
Bah oui parce qu’il est à l’opposé des autres, il est instrumentiste, alors j’aime bien…
Comme Manset il écrit ses cordes, tout ça…
Oui, moi je les écris pas mais je les joue mes cordes. C’est là-dessus que je travaille toujours : les cordes. Beaucoup. Et après je les fais écrire. Et ça, ça me plait. Alors que lui il prend une feuille de papier et il écrit le truc qu’il entend dans sa tête. A part ça il a un bel univers, le truc c’est que c’est toujours un peu pareil. Mais bon Gainsbourg aussi c’était toujours pareil !
C’est ce qui me bloque chez lui : sa manière de reproduire à fond le cliché Gainsbourien, ce personnage de beau salaud à la trentaine déclinante, poète maudit et homme à femmes…
Ouais, mais il est pas comme Gainsbourg héhé. Ça c’est aussi le problème des gens. C’est-à-dire qu’ils restent trop bloqués là-dedans. Donc oui, moi en ce moment y’a rien qui me surprend vraiment. Regarde, même un mec comme Nick Cave il vient de faire Grinderman 2, et ça donne pas vraiment la niaque. Pourtant Dieu sait que je l’aime. Pareil, je viens d’acheter le dernier… Ah, comment s’appelle-t-il ? Pas Portishead, ni Radiohead, l’autre. J’arrive jamais à trouver leur nom à tous les trois : y’a Radiohead, Portishead et…
Massive Attack ?
Non, le quatrième alors.
Tricky ?
Voilà. Son dernier disque est pas inintéressant mais il est pas au niveau, surtout vu les gros moyens qu’ont ces mecs, en plus d’avoir la culture du son. Moi au même moment je préfère un Scott Walker, qui va être plus trash, vraiment dans un univers, ou un mec comme Thom Yorke…
Oui, j’ai lu que vous aimiez Thom Yorke. D’ailleurs ça m’a fait tiquer parce que je me suis toujours dit que Radiohead et vous aviez des trajectoires similaires. Vous avez tous deux explosé très tôt avec un tube – « Aline » pour vous, « Creep » pour eux – comme eux vous avez même remis ça quelques années après – « Les Mots bleus » pour vous, « Karma Police » pour eux – mais depuis vous ne cesser de fuir ça en produisant une musique de plus en plus nocturne et expérimentale, à base de collages, d’archives, de rêves, de souvenirs et autres failles spatio-temporelles…
Oui, ils vont là où je suis, d’une autre façon.
Comment avez-vous découvert la musique de Radiohead ?
Ah j’ai mis du temps parce que quand j’étais plongé dans mes ordinateurs et mes synthés j’écoutais quasi rien. Mais à un moment donné tout a évolué si vite que j’ai eu envie d’aller voir ce que faisaient les autres, notamment ces gars dont on me parlait. J’ai découvert leur musique au moment où je faisais Comm’ si la terre penchait. Oui, c’est là, vers 98-99, que j’ai commencé à rentrer dans Radiohead. J’ai écouté leur album de cette période, mais moins que mes copains.
Quels copains ?
Je pense à Philippe Paradis (compositeur et compagnon de Zazie, nda). Mais moi je m’en suis vite lassé. C’est l’album solo de Thom Yorke qui m’a remis dedans (The Eraser, nda).
D’accord. Et j’ai lu que pour votre prochain disque vous souhaitiez collaborer avec lui, Brian Eno et Nick Cave. Vous les avez contactés ?
Pas encore, non. Non, parce que là je suis encore dans la musique et je pense qu’on contacte les gens une fois qu’on a une forme sonore et qu’on se démerde à tout prix pour qu’ils l’écoutent. Après ils rentrent dedans et ils partagent ou pas. C’est comme ça. Et comme j’ai quand même un peu comment, de feeling et de psychologie, je me dis que c’est pas fait quoi.




 
 





 
Vous allez encore travailler avec Christophe Van Huffel, qui vous accompagne sur scène et qui avait déjà produit avec vous Aimer ce que nous sommes ?
Oui. Il est bon hein ?
Oui, carrément. Je ne le savais pas si éclectique et bidouilleur. Avant de le découvrir à vos côtés je ne le connaissais qu’en tant que guitariste de Tanger. Je ne sais d’ailleurs pas si ce groupe continue d’exister mais c’était bien ce qu’ils faisaient. Musicalement comme verbalement c’était inventif, ambitieux tout en restant de le domaine de la chanson.
Oui, y’a de bonnes choses dans Tanger. Même lui le chanteur, Philippe (Pigeard, nda), c’est un personnage. Spécial. A mon avis c’est d’ailleurs pour ça que… Je veux dire s’il était un peu différent, sa musique passerait mieux. C’est humainement que ça coince. Y’a un truc qui décolle pas chez lui. C’est fou hein ?
Oui, je crois que je vois ce que vous voulez dire. Bon et comment ça se passe pour la sortie de votre prochain album ? Vous vous êtes fixé une deadline ?
Oui, il devrait sortir en septembre 2011. Ça me laisse de temps pour m’amuser encore un peu.
Et ça sortira chez qui ?
Mon contrat vient de finir avec AZ (label d’Universal, nda). Alors je sais pas. Personne sait.
Vous n’avez pas des pistes, des propositions ?
Oui mais moi j’ai jamais été accroc à ça. Je laisse comment, le hasard faire les choses, j’aime bien.
C’est une position privilégiée.
Oui, surtout que j’ai pas besoin d’aller un studio. J’ai assez de choses chez moi pour fonctionner comme un petit artisan. Après pour tout ce qui est d’enregistrer, j’aime bien partir en Angleterre. Je me suis récemment remis à partir là-bas pour mixer, dans un studio comme Olympic Studio. Ça c’est des endroits qui me dépaysent et c’est le seul moyen de prendre un vrai recul sur ce que j’ai fait. Surtout que je parle pas bien anglais, donc j’ai juste à m’asseoir et écouter le mec.
Bon en tous cas me voilà rassuré, votre prochain album ne sera pas l’album de duos dont on m’avait parlé !
Comment ça ?
Je ne sais plus trop mais j’avais entendu parlé d’un projet d’album de duos avec Calogero, Zazie & co.
Ah oui, c’est AZ qui voulait ça. C’est-à-dire qu’ils étaient pas dingue d’Aimer ce que nous sommes. Du coup ils l’avaient un peu placardisé. C’était genre : « Nous, on a tout compris, coco t’es pas dans le bon truc ». « Et coco, il t’emmerde, ok ? » Alors je leur ai dit : « Si vous croyez pas en ce disque et que vous êtes pas capable de le vendre je vais le faire moi-même, je vais vous montrer ». J’ai donc présenté le disque directement au public sur scène. C’était dur, je me suis donné du mal, mais je suis fier de l’avoir défendu comme ça. Ce disque a eu le succès qu’il a eu grâce à la scène. Après moi le seul duo que j’ai jamais enregistré je l’ai fait avec Adamo, par amitié et parce que j’aime bien les choses…
Passer de votre univers nébuleux à un univers plus popu ?
C’est ça, ça me plait. Par exemple j’aime bien jouer aux boules. Je sais pas, je suis moi quoi. Et Adamo comment… Bon c’est un mec hyper connu hein, un mec de la chanson populaire mais dans le genre c’est quand même un killer. Il en a fait plus d’une hein. Et à l’époque de son album de duos (Le Bal des gens bien, nda) j’étais pas libre et c’est dommage « parce que pour toi, je lui ai dit, je l’aurais bien fait ». Il m’en a donc reparlé pour son album suivant (De Toi à Moi, nda) et on a choisi cette chanson que j’aimais bien.
Au début de votre carrière vous étiez vous aussi un chanteur populaire. Et il y a donc eu « Aline », votre « Creep », le morceau sans qui vous n’auriez pas pu faire carrière en ayant le loisir comme vous l’avez fait de partir dans la chanson expérimentale, de couper sans cesses les ponts avec ce que vous aviez déjà fait. Sans ce tube qu’auriez-vous fait ?
Je sais pas, j’aurais peut-être fait de la mode.
Vous seriez devenu une sorte de Karl Lagarfeld ?!
J’espère bien. Au moins à ce niveau. Mais bon on peut pas toucher à tout hein. Tout le monde n’est pas David Lynch.
Lynch semble très important dans votre univers. Au même titre que tous ceux qu’on a évoqué : Portishead, Radiohead, Tricky, Lou Reed, Alan Vega, Scott Walker, Bowie, etc. Ces gens-là, vous pensez qu’ils vous connaissent, que votre musique leur parvient ?
En Angleterre pas mal. A un moment y’a des gens comme Archive qu’ont voulu me rencontrer. Je suis allé chez eux à Londres. Ces gens-là ce qui leur plait c’est ma couleur, mes sonorités de synthés, qui sont pas faciles à comprendre. Eux ils peuvent pas faire ça car ils sont vraiment instrumentistes, ils ont pas la même approche que moi, qui suis dans une approche fragile. Je fais donc des petites rencontres comme ça mais je travaille très peu à l’étranger.
Ça vous frustre ?
Non, je m’en fous complètement par contre j’aime cette vie de l’inconnu. Je préfère l’espérance à la récompense. Par exemple la soirée des victoires de la SACEM où on m’a récemment poussé à aller c’est quelque chose qui me parle pas vraiment. Mais si tout à coup Bowie ou Thom Yorke m’appelaient en me disant « J’ai écouté ce que t’as fait », ça ce serait la récompense. Parce qu’il y a de l’espérance. C’est ça une vraie récompense, c’est pas autre chose. Un jour j’ai joué avec Gail, la bassiste de David Bowie (Ann Dorsey, nda). Elle, on peut pas imaginer comment elle joue. C’est magique. Quand on écoute ça on comprend tout de suite pourquoi elle a été si longtemps près de Bowie. Donc moi quand j’ai réussi à l’avoir dans certains de mes concerts c’était comme si j’approchais un peu Bowie sans vraiment l’approcher. D’ailleurs j’ai jamais emmerdé Gail avec ça en lui disant : « Parle-moi de ça ». Par contre elle a chanté pour moi. ça me tenait à cœur. On a fait ça à la Cité de la Musique. Sur « Minuit boulevard ».
En fait on dirait que pour vous, plus qu’un réseau d’influences, ces artistes anglo-saxons forment une étrange communauté d’esprits…
Oui, c’est des gens qui sont toujours présents à l’intérieur. C’est ceux-là qui sont présents. Même si on les connait pas. On a pas besoin de les connaitre car ce qu’ils projettent suffit à déclencher des choses. Parce que ce qu’on veut en fait c’est juste déclencher notre propre imaginaire. Déclencher notre propre imaginaire par rapport à l’idée qu’on se fait d’eux. Mais sans avoir à rentrer dans l’intimité que ce serait de les croiser. Ça sert à rien. Ce qu’est bien c’est l’inconnu. C’est ça : l’inconnu connu. Mais bon, comment, y’a plusieurs étapes quand on fait un disque et j’en suis pas à choisir des voix. Musicalement il faut d’abord que je me trouve et ensuite que je trouver des gens, pour les guitares, les pianos, la basse, la batterie. Surtout les pianos. Moi c’est vrai que ce que j’aime bien dans ma musique c’est mon approche des claviers…
Oui, plus le temps passe plus j’ai le sentiment qu’ils sont la clé de voûte de votre univers musical, très méditatif, onirique, mystique…
Oui mais à condition de leur donner des textures expérimentales. Donc voilà, la barre est quand même haute. J’espère que j’y arriverai.

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