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Christophe : « Plus le son est magique, plus tu es ailleurs »

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Christophe : « Plus le son est magique, plus tu es ailleurs »

Message  david le Dim 6 Avr - 9:37



Culture - le 4 Avril 2014
musique
Christophe : « Plus le son est magique, plus tu es ailleurs »


Ex-star yéyé devenu icône rock, Christophe sort Intime. Un magnifique album piano-voix proche de l’épure où il revisite ses grands classiques.  C’est un mythe qui nous reçoit. Alors forcément, on a des émotions de simple terrien, impressionné et honoré d’être là. Christophe est un des derniers géants de la chanson, un artiste culte, passé de l’ère yéyé aux expériences musicales les plus novatrices.


Est-ce qu’on demande à une légende comment elle va ? Non. On cherche par quoi commencer, par où engager la conversation avec un artiste qui en a tellement vu au long de cinquante ans de carrière. Christophe avait dit oui à l’idée d’une rencontre, à une condition, que l’interview se déroule dans son home parisien, de nuit et tard forcément, à l’heure où les grands fauves du showbiz sont depuis longtemps endormis. Lui est une espèce à part, un chanteur du genre nocturne qui ne se sent revivre qu’à la nuit tombée : « J’aime la nuit, sa lumière, ses ombres, son mystère, sa poésie. » Lunettes fumées, santiags, veste croisée, il a toujours ce look improbable, mélange d’élégance et de branchitude. Christophe nous accueille chez lui avec la gentillesse propre aux gens qui ont un cœur gros comme ça. Une âme d’enfant aussi. Il vit entouré de juke-box des années 1950-70, dont un ayant appartenu à Coluche, offert pour ses cinquante ans. Il y a un piano demi-queue, des radios américaines en Bakélite, ses premières peintures, une collection de têtes d’Indiens en bronze, une table de mixage, des synthés, des guitares électriques.


Amateur de design et chineur de rêve


Tout un univers d’objets hétéroclites qui le rassurent et dont parfois il rêve de se défaire, histoire de respirer un air nouveau : « J’ai envie de tout vendre aux enchères à Drouot et de faire un petit concert en même temps. Je donnerai tout aux impôts en avance, comme ça je serai tranquille ! » (rires). Amateur de design, il a toujours chiné des objets qui, pour lui, sont autant de vecteurs de rêve. « J’ai exposé plusieurs fois à Automédon, le salon auto-moto de collection. J’ai même fait les marchés quand j’étais jeune vers l’âge de treize ans. Je vendais des chaussons pour me faire 50 balles. Je les ai connus, les vrais camelots ! »
Né Daniel Bevilacqua à Juvisy-sur-Orge (Essonne), il se souvient de sa jeunesse en banlieue, de son grand-père ouvrier, de son père artisan. « Il possédait une petite entreprise de réparation de chauffage. En banlieue, ce n’était pas facile, surtout quand tu t’appelles Bevilacqua. Je me rappelle qu’on me faisait des remarques. » Christophe garde un souvenir ému de cette époque, mais c’est à Paris qu’il s’est forgé : « Ce n’est pas la banlieue qui m’a fait, c’est Paris et sa magie. » S’il lui arrive parfois de s’aventurer et de voyager hors de l’Hexagone, c’est souvent vers la lumière du Sud, celle de Tanger, où il aime séjourner : « Il y a l’une des plus belles lumières du monde à Tanger. C’est une ville dont je rêve depuis que j’ai vingt ans. J’ai beaucoup traîné en Espagne, en Andalousie, vers Tarifa, Gibraltar. Je ne pouvais pas ne pas voir Tanger. Je me sens bien là-bas et j’ai toujours été attiré par la musique marocaine, algérienne, égyptienne. »
Christophe vit, pense et respire musique, sa maîtresse, le grand amour de sa vie. La plupart de ses chansons ont été peaufinées ici, dans son appartement. Mais il est tout aussi capable de composer en déplacement : « J’ai un studio mobile. Avec la technologie, je peux créer partout, sur un bateau, dans un champ, à la montagne. Il y a un plaisir à chercher une couleur de son. En ce moment, ça bouge beaucoup du côté des technologies et des Suédois notamment, qui créent plein de machines intéressantes. Tel l’OP-1, un petit clavier que j’ai toujours avec moi. C’est le départ d’un nouveau mouvement de synthétiseurs. » Après Aimer ce que nous sommes, il revient avec Intime. Un album entièrement arrangé et interprété au piano, un instrument auquel il s’est véritablement attelé en septembre 2013. Une approche nouvelle pour le chanteur, marquée par un parti pris de lenteur et de dépouillement sonore, qui est aussi un retour à la pureté originelle des perles de son répertoire. Aline, les Mots bleus, Comme un interdit, Paradis perdu, semblent ainsi renaître sous l’effet d’ambiances minimalistes proches de l’épure sur lesquelles plane sa voix féminine. « Je n’ai pas encore le niveau au piano pour aller là où je souhaiterais aller mais, après plusieurs concerts d’Intime Tour, je me sens plus à l’aise. Dans les années 1960, c’est le blues et la guitare qui m’ont attiré, même si je suis un très mauvais guitariste. En fait, je suis primaire en tout. Je suis ma route, c’est tout. Sinon, il n’y a pas de jouissance. »


Guidé vers un ailleurs galactique


L’aventure en solo a commencé en janvier au Théâtre Marigny. Un spectacle onirique comme en suspension où Christophe, entre piano et lumière tamisée, paraissait guidé vers un ailleurs galactique : « Plus le son est magique, plus tu es ailleurs, dit-il. C’est la résonance des mots qui te reviennent comme un boomerang, puis repartent et permettent les moments d’oubli. Récemment lors d’un concert en Alsace, j’ai fait une version d’Alcaline où j’étais vraiment en connexion avec Alain (Bashung). » Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Christophe a tenu à graver Alcaline sur le disque Intime, une chanson que Bashung avait écrite en pensant à lui. Tous les deux se comprenaient à demi-mot : « J’aimais le feeling d’Alain. C’était un mec habité par son mystère que lui-même avait envie de comprendre ou de ne pas comprendre. C’est quelque chose qui appartient à l’intime. »




dans sa tête, Déjà son prochain album


Au studio Davout à Paris, où Christophe a enregistré son nouveau disque, il a revisité 70 chansons : « C’était presque comme un match de boxe. Je me suis battu contre quelque chose de fort, en restant debout pour d’autres combats. » Christophe ne vit pas dans le passé. Il est toujours sur le coup d’après. Déjà, il songe à son prochain album, à paraître en janvier 2015. Un disque de chansons originales qui occupe tout son esprit : « Je suis dans la création pure, dans l’inconnu. Je rentre dans l’histoire comme dans un film. Une chanson intro-couplet-refrain, pour moi, c’est démodé. Je suis dans un truc plus barré, plus gonflé. » Il a déjà composé 15 nouvelles chansons : « Maintenant, il faut créer la robe pour chacune d’entre elles. C’est un travail incroyable. » Pour les collaborateurs, il pense à Vincent Delerm : « J’ai découvert ce mec, on a un vrai point de rencontre. J’ai reçu un texte de lui, il est pile dans mon film. » Il avait songé un temps à Nick Cave, mais aujourd’hui il penche plus pour Trent Reznor, le leader du groupe américain de metal industriel Nine Inch Nails : « J’ai toujours été attiré par sa pensée. Aucun instrument n’a de secret pour lui. Il est exactement dans ce que j’entends par création. Pour moi, c’est le patron, comme l’était David Bowie à une époque ou Lou Reed dans sa période solo. Il serait encore là, j’aurais aimé qu’il soit dans mon album. On s’aimait bien. » Magicien du son et sorcier rock, il se projette déjà dans son prochain spectacle, pour lequel il pense à mille détails : « J’ai une idée de mon allure en tête. Depuis un mois, je chine des tissus laqués enduits pour mes vestes. » Un parcours unique et « très biseauté » : « C’est ce qui le rend original. J’ai ma différence, ma couleur. Ce n’est pas la musique qui m’a rendu heureux, mais la création musicale, la route, les rencontres, l’inspiration. Et ça ne fait que commencer ! »
Album Intime (Capitol Music France). Concerts les 6 et 7 avril au Théâtre Antoine, Paris 10e et tournée dans toute la France jusqu’en janvier 2015.


  • Parcours du Beau Bizarre:
    1945 : Naissance à Juvisy-sur-Orge (Essonne).
    1964 : Premier 45-tours, Reviens Sophie.



  • Albums :


1965 : Les Marionnettes.
1965 : Aline.
1970 : BO La Route de Salina.
1973 : Les Paradis perdus.
1974 : Les Mots bleus.
1975 : Olympia (album live)
1976 : Samouraï.
1977 : La Dolce vita.
1978 : Le Beau bizarre.
1980 : Pas vu pas pris.
1983 : Succès fou ; 
Clichés d’amour.
1996 : Bevilacqua.
2001 : Comme si la terre penchait.
2002 : Olympia.
2008 : Aimer ce que nous sommes.
Victor Hache

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